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Cybersurveillance des salariés : les SMS échangés depuis un téléphone mobile professionnel sont présumés professionnels

01/03/2015

 La Cour de cassation vient de rendre une décision précisant les conditions dans lesquelles l’employeur peut consulter les SMS de ses salariés. Avant d’exposer les faits de l’espèce et la décision de la Cour, nous rappelons brièvement les règles applicables en matière de cybersurveillance des salariés.
 

1. Rappel des règles applicables en matière de cybersurveillance des salariés

 

Il appartient à l’employeur, dans le cadre de son pouvoir directionnel et disciplinaire, de s’assurer de la bonne exécution du travail de ses salariés. Le droit pour l’employeur de contrôler l’activité de son personnel durant le temps de travail découle du lien de subordination existant entre l’employeur et le salarié. La surveillance et le contrôle de l’activité des salariés paraît donc légitime.

Avec le développement des technologies de l’information, les dispositifs techniques de surveillance sont venus compléter le contrôle humain des salariés, exercé par l’employeur. Les moyens utilisés sont variés : vidéosurveillance, biométrie et badges électroniques d’accès aux locaux, géolocalisation, dispositifs de contrôle de la messagerie électronique, systèmes de filtrage de sites internet, etc. Le contrôle peut avoir pour objectif d’assurer la sécurité des réseaux contre les attaques informatiques ou de limiter les risques d’abus liés à l’utilisation d’internet ou de la messagerie à des fins personnelles.

 

Toutefois, le contrôle de l’activité des salariés doit respecter quelques principes et conditions posés par la réglementation [1] et la jurisprudence.

 

Ainsi, l’employeur ne peut apporter de restrictions aux libertés individuelles et collectives si elles ne sont pas “justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées ou au but recherché” [2]. La jurisprudence a notamment affirmé que le salarié a droit au respect de sa vie privée sur son lieu de travail et pendant son temps de travail.

 

Par ailleurs, en cas de contrôle, l’employeur doit respecter les principes de transparence, de loyauté et de proportionnalité. Ces principes impliquent notamment pour l’employeur l’obligation d’informer les salariés sur la possibilité et l’étendue du contrôle, mais également d’informer ou de consulter les instances représentatives du personnel. A ce titre, il est vivement recommandé de mettre en place une charte informatique au sein de l’entreprise. [3]

 

Enfin, si le moyen de contrôle utilisé implique la collecte et le traitement de données à caractère personnel, il incombera à l’employeur d’effectuer des démarches déclaratives auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

 

Plusieurs décisions ont été rendues dans ce domaine depuis le début des années 2000, venant préciser les droits et limites de l’employeur en matière de cybersurveillance de ses salariés. Ainsi, les fichiers et emails, envoyés et reçus par un salarié, à l’aide des équipements informatiques mis à disposition par l’employeur, sont présumés avoir un caractère professionnel et peuvent être consultés par ce dernier. Ce principe connaît cependant une exception si le salarié a clairement identifié les fichiers ou emails comme étant personnels.

 

La jurisprudence évolue et se précise avec l’apparition de “nouveaux” outils et pratiques. Ainsi, la Cour de cassation a jugé en 2013 que la clé USB personnelle d’un salarié connectée à l’ordinateur mis à la disposition de ce dernier par son employeur était présumée être utilisée à des fins professionnelles. L’employeur pouvait donc avoir accès aux fichiers non identifiés comme personnels contenus sur la clé, et ce même hors de la présence du salarié. [4]

 

2. Le cas des SMS : la décision GFI Securities Ltd c/ Newedge Group

 

Cette affaire opposait deux sociétés de courtage d’instruments financiers, la société Newedge Group (Newedge) et la société GFI Securities (GFI). La société Newedge reprochait à GFI d’avoir procédé au débauchage massif de ses salariés avec pour conséquence la désorganisation interne de Newedge.

 

La société Newedge a donc décidé de faire constater les agissements de la société GFI et obtenu, pour ce faire, une ordonnance sur requête autorisant un huissier à procéder au constat des informations issues des outils de communication mis à la disposition de ses salariés. Suite à ce constat, la société Newedge a utilisé les SMS “compromettants” extraits des smartphones de ses salariés pour poursuivre GFI en justice.

 

La société GFI a demandé la rétractation de cette ordonnance, estimant que l’utilisation de tels messages par l’employeur, effectuée à l’insu de l’auteur des propos invoqués, constituait un procédé déloyal rendant irrecevable en justice la preuve ainsi obtenue. Déboutée en appel, la société GFI s’est alors pourvue en cassation.

 

La société GFI invoquait notamment le fait que :

  • le règlement intérieur et la charte informatique de la société Newedge ne prévoyaient pas que les SMS envoyés ou reçus par les salariés sur le téléphone mobile mis à leur disposition par l’entreprise étaient présumés avoir un caractère professionnel, de sorte que l’employeur pouvait y avoir accès hors de la présence du salarié, dès lors qu’ils n’étaient pas marqués comme “personnels”. Ces documents ne faisaient mention que des emails et des conversations téléphoniques ;

  • il est impossible d’identifier comme “personnel” un SMS envoyé par un téléphone mobile, de tels messages ne comportant pas de champ “objet”.

Dans un arrêt du 10 février 2015, la Cour de cassation a confirmé la décision de la Cour d’appel et a débouté la société GFI de ses demandes. La Cour a jugé que : “les SMS envoyés ou reçus par le salarié au moyen du téléphone mis à sa disposition par l’employeur pour les besoins de son travail sont présumés avoir un caractère professionnel, de sorte que l’employeur est en droit de les consulter en dehors de la présence de l’intéressé, sauf s’ils sont identifiés comme étant personnels”. Or, en l’espèce, ces messages n’avaient pas été identifiés comme personnels par les salariés. Dès lors, selon la Cour, la recherche de ces messages et leur consultation “pour des motifs légitimes” par l’employeur, puis leur utilisation en justice constituent un procédé loyal. [5]

 

Il ressort donc de cette décision que l’employeur a la possibilité de consulter les SMS de ses salariés aux conditions suivantes : les SMS sont envoyés et reçus au moyen du téléphone portable mis à leur disposition par l’employeur ; les messages ne doivent pas être identifiés comme “personnel” ou “privé” ; et la consultation doit être justifiée par un “motif légitime” (soupçons de fraude, violation d’une clause de confidentialité, etc.).

 

Cette décision rejoint la jurisprudence visant à préciser les conditions dans lesquelles l’employeur peut contrôler l’utilisation par ses salariés des équipements informatiques de l’entreprise. Il appartient donc aux salariés d’être vigilants quant à l’utilisation de leurs smartphones professionnels fournis par l’employeur. En revanche, pour le moment, la question du contrôle reste posée pour les équipements informatiques du salarié (ordinateur, tablette, smartphone) utilisés dans l’entreprise à des fins professionnelles (BYOD). A ce titre, la charte informatique sera le document de référence pour définir les droits et les devoirs de chacun, salarié et employeur, en matière du bon usage des ressources informatiques.

 

 

[1] Code du travail et loi informatique et libertés

[2] art. L.1121-1 du code du travail

[3] Voir notamment notre article intitulé “La charte informatique face à l’évolution des technologies : l’outil indispensable pour définir les règles du jeu"

[4] Cass., ch. soc., 12 février 2013, n°11-28.649.

[5] Cass, ch. comm., 10 février 2015, n°13-14779

 

 

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