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Cybercriminalité : la réponse pénale de l'Union européenne aux attaques contre les systèmes d'information

11/07/2013

 

Partant du constat que les cyberattaques contre les Etats et les entreprises se multiplient et qu'à grande échelle ces d'attaques sont susceptibles de provoquer "des dommages économiques notables, tant du fait de l'interruption des systèmes d'information et des communications qu'en raison de la perte ou l'altération d'informations confidentielles importantes d'un point de vue commercial ou d'autres données", le Parlement européen vient d'adopter, en première lecture, une proposition de directive relative aux attaques visant les systèmes d’information. (1)

 

Ce texte, adopté à la majorité absolue (541 voix, 91 contre et 9 abstentions), définit les infractions punissables et les sanctions en cas d'attaques contre les systèmes d'information. En outre, il vise à faciliter la prévention de ces infractions et à améliorer la coopération entre les autorités compétentes des Etats membres. Voici ce qu'il faut retenir.

 

 

1. Les actes de cybercriminalité sanctionnés

 

La proposition de directive exige que les États membres érigent en infraction pénale punissable les cinq types d'agissements suivants :

 

    - l'accès illégal à tout ou partie des systèmes d'information, à savoir l'accès commis en violation d'une mesure de sécurité ;

 

    - l'atteinte illégale à l'intégrité d'un système d'information, à savoir le fait de provoquer une perturbation grave ou une interruption du fonctionnement d'un système, en introduisant, effaçant, altérant, ou rendant inaccessibles des données informatiques ;

 

    - l'atteinte illégale à l'intégrité des données, à savoir le fait d'endommager, de détériorer, de supprimer ou de rendre inaccessibles des données informatiques d'un système ;

 

    - l'interception illégale (par des moyens techniques de transmissions non publiques) de données informatiques à destination, en provenance ou à l'intérieur d'un système d'information ;

 

    - enfin la mise à disposition (production, vente, importation, diffusion) d'outils (logiciels ou codes d'accès) utilisés dans l'intention de commettre l’une des infractions visées ci-dessus.

 

Ces actes doivent être commis de manière intentionnelle et sans droit, à savoir sans l'autorisation du propriétaire du système. Le texte exclut de la liste des infractions les "cas mineurs" d'attaques.  Il appartiendra à chaque Etat membre de définir ces "cas mineurs" et le cas échéant, de sanctionner ces attaques, selon leur droit national.

 

Le droit français sanctionne déjà une partie de ces agissements, à savoir les "atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données" (STAD)(articles 323-1 et s. Code pénal).

 

 

2. Les personnes punissables de cyberattaques

 

Les auteurs des infractions mentionnées ci-dessus seront sanctionnés. Il en va de même pour la personne qui aura incité l'auteur à commettre l'une de ces infractions ou qui sera son complice. En outre, sera également punie la personne qui aura tenté de commettre une atteinte illégale à l'intégrité d'un système ou des données.

 

Par ailleurs, la proposition de directive prévoit que les personnes morales pourront être tenues responsables des infractions, lorsque celles-ci sont commises pour leur compte (par exemple “pirate” informatique mandaté pour attaquer la concurrence). Le droit français sanctionne également les personnes morales en cas d'atteintes à un STAD.

 

Si la proposition de directive sanctionne les entreprises, ce texte ne prévoit aucune sanction en cas de cyberattaque orchestrée par un Etat.

 

 

3. L'adoption de sanctions pénales : des peines plancher d'emprisonnement

 

La proposition de directive précise que les sanctions doivent être effectives, proportionnées et dissuasives. Ainsi, le texte exige que les Etats membres punissent les cyberdéliquants de peines d'emprisonnement, dont la durée minimum est fixée par le Parlement et le Conseil. Ces peines varient selon les infractions commises, allant de 2 à 5 ans.

 

Ainsi, la proposition de directive prévoit notamment qu'une personne coupable d'avoir utilisé un réseau d'ordinateurs zombies ("botnet") doit être punie d'un minimum de 3 ans d'emprisonnement. Quant aux pirates informatiques qui attaquent le système d'information d'une infrastructure critique (ex: centrales nucléaires, réseaux de transport et gouvernementaux), qui agissent dans le cadre d'une organisation criminelle ou qui causent de graves préjudices, ils devront être punis d'un minimum de 5 ans d'emprisonnement. La notion de "grave préjudice" n'est cependant pas définie dans le texte.

 

Le texte prévoit également des sanctions spécifiques à l'encontre des personnes morales, à savoir des amendes et des peines complémentaires telles que la fermeture temporaire ou définitive d'établissements ayant servi à commettre l'infraction.

 

En France, les infractions existantes en matière d'atteintes à un STAD sont punies de peines d'emprisonnement - de 2 à 7 ans, et d'amendes - de 30.000€ à 100.000€. Toutefois, contrairement aux dispositions de la proposition de directive, ces sanctions sont des peines maximales. Le recours aux peines plancher est peu utilisé dans notre système pénal ; traditionnellement, la loi pénale française fixe pour chaque infraction la peine maximale encourue, que le juge ne peut dépasser mais dont il est libre de faire une application partielle en fonction des faits de l'espèce et de la personnalité du condamné. Aussi, lorsque la directive sera adoptée, il appartiendra à la France de renforcer ses sanctions.

 

 

4. La poursuite des infractions et la coopération entre les Etats membres

 

La compétence des Etats membres  -  La proposition de directive prévoit que les Etats membres sont compétents lorsque l'une des infractions, mentionnées ci-dessus, a été commise, soit en tout ou en partie sur leur territoire, soit par l’un de leurs ressortissants, sous réserve que l'acte frauduleux constitue une infraction dans le pays où il a été commis.

En outre, lorsque l'acte cybercriminel a été commis en tout ou en partie sur son territoire, un État membre veille à se déclarer compétent lorsque : a) l'auteur de l'infraction a commis celle-ci alors qu'il était physiquement présent sur son territoire, que l'infraction vise un système d'information situé sur son territoire ou non ; ou b) l'infraction vise un système d'information situé sur son territoire, que l'auteur de l'infraction soit physiquement présent sur son territoire ou non lors de la commission de l'infraction.

 

Enfin, le texte prévoit qu'un Etat membre peut établir sa compétence, après en avoir informé la Commission européenne, lorsqu'une infraction a été commise en dehors de son territoire mais que, soit l'auteur de l'infraction réside habituellement sur son territoire, soit l'infraction a été commise pour le compte d'une personne morale établie sur son territoire.

 

La proposition de directive offre donc aux Etats membres une compétence juridictionnelle très étendue en matière de cyberattaques. Cette extension est telle que, selon les cas, plusieurs Etats pourraient se déclarer compétents à l'égard d'une même infraction. Or, le texte ne prévoit pas de solution particulière dans l'hypothèse où plusieurs Etats revendiqueraient une telle compétence.

 

Une coopération renforcée  -  Afin de lutter efficacement contre les attaques de cyberdéliquants, la proposition de directive souhaite mettre en place un système d'échange d'informations relatives aux infractions entre les Etats.

 

Pour ce faire, le texte exige que les États membres mettent en place un système de suivi des infractions (nombre d'infractions et nombre de personnes poursuivies et condamnées enregistrées), puis transmettent à la Commission les statistiques recueillies. Ces statistiques seront ensuite communiquées aux agences et organes spécialisés compétents de l'Union.

 

Par ailleurs, la proposition de directive créerait un réseau d'information et imposerait ainsi aux Etats membres de disposer de points de contact nationaux opérationnels chargés de relayer les informations pertinentes. Ces points de contact devraient être disponibles 24h/24 et 7j/7 et capables de répondre, dans un délai de 8 heures, à une demande urgente d'un autre Etat membre. Le texte ne donne pas d'information quant à l'organisation et la composition des équipes de ces points de contacts.

 

 

Cette proposition de directive doit désormais être votée par le Conseil. Une fois adoptée, les 28 Etats membres auront deux ans pour transposer la directive dans leurs droits nationaux.

 

Ce texte, qui vise à mettre en oeuvre une approche cohérente et globale de lutte contre la cybercriminalité, se situe dans le prolongement de la publication d'une stratégie commune de cybersécurité ainsi d’une proposition de directive relative à la sécurité des réseaux et de l’information. (2)

 

Cependant, face aux cybermenaces, les Etats membres n'attendent pas que la politique commune de l'Union soit définitivement adoptée pour agir aux niveaux nationaux et commencer à s’organiser. C'est ainsi qu'en avril 2013, la France a publié un nouveau Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale. Ce livre blanc définit une stratégie nationale de cyberdéfense visant à prévenir et riposter aux cyberattaques. (3) De même, le gouvernement britannique vient d'entériner un accord visant à lutter contre les cybermenaces, avec neuf sociétés du secteur des télécommunications, de la défense, de l’aéronautique et des technologies de l’information. Cet accord a pour objectif d'établir un environnement collaboratif propice au partage du savoir et de l’expertise en matière de cyberdéfense. Il comporte plusieurs volets, tels que la protection des infrastructures, la surveillance préventive des systèmes ennemis et la sécurisation des réseaux au sein des agences gouvernementales. (4)

 

                                                     * * * * * * * * * *

 

(1) Résolution législative du Parlement européen du 4 juillet 2013 sur la proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative aux attaques visant les systèmes d'information et abrogeant la décision-cadre 2005/222/JAI du Conseil.

 

(2) Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions. Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de sécurité des réseaux et de l'information dans l'Union, Bruxelles, le 7.2.2013 COM(2013) 48 final 2013/0027 (COD).

 

(3) Voir notre article "Cyberdéfense : la stratégie nationale dévoilée dans le dernier Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale", publié le 21 mai 2013 sur le blog du Cabinet (http://dwavocat.blogspot.fr/).

 

(4) Voir un article "Cyberdéfense : le Royaume-Uni consolide son arsenal", publié le 5 juillet 2013, sur http://www.itespresso.fr/.

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